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Tableau noir

Chapitre 4: La vie scolaire et les récits des Survivants

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Quelle était la vie de Thomas Moore? Essayez d'imaginer le monde de son point de vue...

« Mon peuple a toujours habité ici. Mon père et mon grand-père ont chassé sur ces terres aussi longtemps que je m'en souvienne. Mais un nouveau tonnerre secoue la terre, un train qui a chassé au loin les grands troupeaux de bison. Des hommes blancs sont venus dire à ma famille que nous devions déménager sur une « réserve » très loin des terres de mes ancêtres. Des hommes qu'on appelle des agents des Indiens sont partout. Ils nous disent quoi faire et nous appellent des « sauvages » - de même que nos Aînés. Ils ne nous laissent pas célébrer nos cérémonies. Ceux qui désobéissent sont jetés en prison. Ma mère me dit que je devrai aller à l'école loin d'ici et que je devrai vivre là jusqu'à l'été prochain. Elle dit que je dois apprendre la langue et les façons de faire de l'homme blanc pour que je puisse le comprendre et venir en aide à notre peuple. J'ai beaucoup de questions au sujet de l'école, mais ma mère me dit seulement d'être brave, d'observer et d'écouter et de ne pas oublier mon peuple. Je sais que ma mère est inquiète. Elle ne fait pas confiance aux agents des Indiens. »

^ Personnel devant l'entrée de l'école industrielle indienne de Brandon
(Manitoba), date inconnue
Bibliothèque et Archives Canada / PA-048575

Pendant la premiàre moitié du vingtième siècle, plusieurs modifications législatives ont été apportées au régime des pensionnats, dont celui-ci :

En 1920, une loi fédérale faisait en sorte qu'il était obligatoire pour tous les enfants indiens de fréquenter le pensionnat dès l'âge de sept ans.

En 1933, les directeurs et directrices de pensionnats devinrent les tuteurs légaux de tous les enfants autochtones, sous la surveillance du ministère fédéral des Mines et des Ressources. Tous les parents autochtones étaient contraints par la loi de céder la garde légale de leurs enfants à un directeur de pensionnat sous peine d'emprisonnement.


La vie au pensionnat

Le trajet jusqu'au pensionnat était souvent long, surtout pour les enfants autochtones qui venaient de communautés éloignées de milliers de kilomètres. Certains enfants pouvaient marcher jusqu'au pensionnat, mais la plupart arrivaient en wagon, par train, par bateau ou plus tard, par autobus et par avion. Lorsqu'ils se rappellent ce long trajet, beaucoup de survivants et survivantes se souviennent d'avoir eu le sentiment d'entrer dans une prison. Dès que les enfants mettaient les pieds au pensionnat, on leur volait leur identité. On leur tondait es cheveux et on les épouillait. On leur enlevait leurs vêtements et leurs possessions et on les faisait revêtir d'un uniforme. On leur donnait un nom « chrétien » ou tout simplement un numéro au lieu de leur propre nom. Pour les quelques élèves que les parents avaient réussi à préparer, l'initiation paraissait peut-être moins inquiétante, mais pour les enfants qui avaient été amenés au pensionnat de force, l'expérience était d'autant plus traumatisante.

^ Jeune garçon autochtone en train de se faire couper les cheveux, 1960
Photographe : soeur Liliane
Library and Archives Canada, PA-195124.

Shirley I. Williams, une Ojibway, a fréquenté la St. Joseph's Residential School de Spanish River (Ontario) à l'âge de 10 ans. Elle est aujourd'hui une aînée ojibway et professeure émérite au département des études autochtones de l'université Trent, à Peterborough.

Quand Shirley Pheasant (Williams) est entrée à la St. Joseph's Residential School de Spanish River (Ontario) à l'âge de dix ans, en 1949, elle ne pouvait parler que sa langue maternelle, l'ojibway. Shirley se souvient de l'état des choses à son arrivée :

« Quand j'ai vu [le pensionnat St. Joseph,] il était gris. Quand il pleut, un édifice en brique est sombre et gris, vous savez. C'était une journée maussade, et j'avais un sentiment... de laideur. [L]a grille s'est ouverte et l'autobus est entré [dans la cour], et je pense que quand la grille s'est refermée... quelque chose m'est arrivé, quelque chose s'est fermé à clé, c'est comme si mon coeur s'était fermé à clé parce que je pouvais entendre ça... (le bruit de la grille qui se ferme]

... l'autobus s'est arrêté, puis la soeur ou la religieuse... est montée dans l'autobus et elle semblait très, très fâchée. Je pouvais seulement m'imaginer ce qu'elle essayait de dire parce que c'est ce que ma soeur m'a dit, ce qu'elle dirait probablement, et j'avais une idée de ce qu'elle essayait de nous dire : il fallait sortir de l'autobus [et] marcher deux par deux... en haut des marches... les marches étaient, eh bien, il y avait quatre étages et pas d'ascenseur et on devait monter les marches avec nos valises.

... [au sommet] des marches... on nous demandait notre nom... et c'est une autre chose à laquelle ma mère m'avait préparée... et j'étais très fière de dire oui, que mon nom était Shirley Pheasant, et puis ils vous donnaient un numéro et vous descendiez et on vous donnait un autre paquet avec votre chemise... vos sous-vêtements et vos bas et vous alliez à la prochaine personne... la dernière personne était une soeur qui regardait dans vos cheveux pour voir si vous aviez des poux ».