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Tableau noir

Chapitre 3: Les pensionnats en tant que politique gouvernementale

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Les parents et les chefs de file autochtones ne tardèrent pas à faire part de leurs plaintes au gouvernement. Plusieurs de celles-ci étaient graves et légitimes : le personnel enseignant était mal qualifié et faisait preuve de zèle religieux. L'instruction religieuse semait la discorde. Et il y avait des accusations d'agressions physiques et de sévices sexuels. Ces préoccupations n'avaient cependant aucune conséquence sur le plan juridique. Aux termes de la Loi sur les Indiens, tous les Autochtones étaient, par définition, pupilles de l'État. On confiait aux administrateurs la tutelle des enfants, ce qui leur conférait de pleins droits parentaux. Et le nombre de plaintes ne diminuait pas. Certains administrateurs scolaires, enseignants et enseignantes, agents des Indiens et même certains fonctionnaires commencèrent à exprimer leurs préoccupations. Tous exigeaient une réforme en profondeur du système.

Les dirigeants du gouvernement et des Églises, pour la bonne part, s'organisaient pour ignorer ces voix. Cependant, il leur était plus difficile d'écarter les rapports sur la santé dans les pensionnats. Les vagues successives de tuberculose qui se déclaraient dans les pensionnats enlevaient la vie à de nombreux élèves. Cette maladie se propageait rapidement dans les dortoirs mal aérés et surpeuplés et les élèves autochtones, mal nourris et physiquement affaiblis, succombaient facilement à l'infection. Des milliers d'enfants des pensionnats sont morts de la tuberculose et d'autres maladies qu'ils y avaient attrapées.

Malheureusement, de nombreux enfants connaîtraient ce triste sort avant que le gouvernement ne se décide à intervenir en 1909 en envoyant le docteur Peter Bryce pour constater l'état de santé des pensionnaires. Le docteur Bryce, inspecteur médical du ministère des Affaires indiennes, n'a pas caché son sentiment d'horreur. Dans son rapport, il traitait de « crime national » l'épidémie de tuberculose ainsi que « les conséquences du sous-financement gouvernemental, d'écoles mal construites, de problèmes d'aération et sanitaires, d'alimentation, d'habillement et de soins médicaux inadéquats ». (A National Crime: The Canadian Government and the Residential School System, 1879 to 1986, p. 75.) Il calculait que le taux de mortalité chez les enfants autochtones d'âge scolaire se situait entre 35 et 60 pour cent.

C'est seulement plusieurs années plus tard, en 1922, après que le docteur Bryce ait été forcé de prendre sa retraite comme fonctionnaire fédéral, qu'il publia son rapport : The Story of a National Crime: Being a Record of the Health Conditions of the Indians of Canada from 1904 to 1921 ou L'histoire d'un crime national, rapport sur les conditions de santé des Indiens du Canada de 1904 à 1921. Télécharger The Story of a National Crime - disponible en englais seulement (PDF 2.2 MB)


...les constatations semblables faites par d'autres...
D'autres médecins avaient soulevé des préoccupations semblables, mais Scott et son personnel en minimisaient l'importance. Les directeurs d'écoles, en collaboration avec les agents médicaux, demandèrent aux agents des Indiens de leur accorder des fonds supplémentaires pour confronter les vagues de tuberculose et de scrofule. En 1903, un commissaire des Indiens de Winnipeg conseilla au directeur et aux médecins de renvoyer les enfants souffrant de scrofule à la maison, propageant ainsi cette maladie contagieuse dans les collectivités autochtones, plutôt que de dépenser des fonds pour traiter la maladie au pensionnat. Ce conseil illustre soit une complète ignorance de la scrofule, un stade de la tuberculose, ou un incroyable manque de sensibilité à l'égard du bien-être des enfants infectés et de leurs familles.


^ Dr. Duncan Campbell Scott
Photographe : Yousuf Karsh
Bibliothèque et Archives Canada / PA-165842

Le rapport du docteur Bryce ne fit pas l'objet d'un accueil universel, ni d'ailleurs, les constatations semblables faites par d'autres >. Ses demandes de fonds supplémentaires pour traiter de certaines des préoccupations d'ordre sanitaires furent rejetées. Et son rapport incriminant fut supprimé par le surintendant des Affaires indiennes,* Duncan Campbell Scott, qui en a aussi profité pour éliminer le poste d'inspecteur médical. De toute évidence, la santé des élèves autochtones ne deviendrait pas de si tôt une priorité du gouvernement.

Au lieu, Duncan Campbell Scott décida de se concentrer sur la négociation d'une entente conjointe entre le gouvernement fédéral et les Églises catholique, anglicane, presbytérienne et méthodiste. Cette entente mettait en place la structure et le mandat de ce qu'on appellerait dorénavant les « pensionnats indiens » et les obligations contractuelles des églises responsables de leur administration. Dans les nouveaux pensionnats, l'éducation serait axée sur la civilisation et la christianisation forcée des enfants indiens. Bien que le changement de nom d'école industrielle à pensionnat indien ait été bien vu sur le plan des relations publiques, les mauvais traitements des élèves autochtones ne cessèrent pas pour autant et les épidémies qui en décimaient les rangs continuèrent leurs ravages. Duncan Campbell Scott * était déterminé à trouver « une solution finale au problème indien ». Il expliquait sa vision ainsi :

« Je veux me débarrasser du problème indien. Je ne suis pas d'avis que le pays devrait continuer à protéger une classe d'individus qui ne peuvent se tenir debout seuls... Notre objectif est de poursuivre nos efforts jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un seul Indien au Canada qui n'ait pas été intégré à la société et qu'il n'y ait plus de question indienne ni de ministère des Affaires indiennes. »