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Tableau noir
Chapitre 5: Expériences des Inuits et des Métis
L'expérience des Inuits et des Inuvialuits dans les pensionnats
Soeurs Thibert et McQuillan, Aklavik, 1930.
Missionnaires oblats du diocèse catholique romain de Mackenzie-Fort Smith. Photographie 571.
Les Inuits et les Inuvialuits occupent de vastes territoires dans l'Arctique canadien. Les Inuits vivent principalement au Nunavut, dans les Territoires du Nord-Ouest, dans le nord du Labrador et du Québec. Quant aux Inuvialuits, ils vivent dans le Grand Nord. La langue des Inuits est l'inuktitut, tandis que celle des Inuvialuits est l'inuvialuktun. Les Inuvialuits et les Inuits ont de forts liens culturels et linguistiques avec d'autres Inuits circumpolaires de la Russie, de l'Alaska et du Groenland.i
L'histoire des Inuits dans le régime des pensionnats est étroitement associée aux intérêts économiques et humanitaires du Canada dans le Nord, surtout en ce qui concerne les efforts que déployait le Canada pour conserver sa souveraineté dans les territoires nordiques. L'intérêt du Canada pour le Nord variait en fonction des activités comme la pêche à la baleine; l'exploitation des mines; la recherche de pétrole et de gaz; le commerce de la fourrure; et la construction des stations du RAPA (Réseau avancé de pré-alerte).ii Les Inuits étaient quelquefois persuadés ou forcés de se déplacer vers des postes de police éloignés, des postes de la baie d'Hudson et des missions pour donner de la crédibilité aux revendications canadiennes de souveraineté sur le territoire. Le gouvernement canadien a dépendu de la Compagnie de la baie d'Hudson et des missions qui prenaient en charge l'éducation des Inuits jusqu'en 1955 quand le ministère du Nord canadien et des Ressources nationales a pris en charge le système d'éducation du Nord. Après 1970, la responsabilité de l'éducation incombera au nouveau gouvernement des Territoires du Nord-Ouest.iii
À partir des années 1930, on trouve des externats et des pensionnats chrétiens un peu partout dans les Territoires du Nord-Ouest, autour des principaux postes de traite. Les écoles des missions recevaient des subventions du gouvernement fédéral suivant le nombre d'élèves inscrits. Entre 1944 et 1956, la politique gouvernementale faisait activement la promotion de l'économie basée sur les salaires et on construisait des écoles de métiers à cette fin.
En 1947, le gouvernement fédéral du Canada a mis en oeuvre un programme de construction d'externats dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nouveau-Québec.iv Des régimes d'enseignement sont implantés dans les années 50 tant pour les non-Inuits que pour les Inuits. Des externats et des foyers scolaires pour les enfants autochtones et inuits sont construits par le gouvernement et gérés par les Églises catholique romaine et anglicane. Un même externat offrait de l'hébergement qui était géré par une communauté soit catholique romaine, soit anglicane; les élèves étaient logés selon leur appartenance religieuse. Les enfants étaient aussi divisés selon leur religion dans différentes ailes de l'établissement. On a allégué que cette ségrégation avait favorisé la division religieuse chez les Inuits.
Parmi les foyers scolaires catholiques romains, il y avait notamment le Turquetil Hall à Chesterfield Inlet, le Lapointe Hall à Fort Simpson, le Breynat Hall à Fort Smith et le Grollier Hall à Inuvik. Parmi les pensionnats anglicans, on retrouvait le Fleming Hall à Fort McPherson, le Bompas Hall à Fort Simpson et le Stringer Hall à Inuvik. L'Akaitcho Hall à Yellowknife et le Churchill Vocational Center à Churchill, Manitoba, étaient des foyers scolaires non confessionnels.
Au début des années 1960, de petits foyers scolaires pouvant accueillir de huit à vingt-quatre élèves ouvrent leurs portes dans les Territoires du Nord-Ouest et le Nouveau- Québec. Ils représentaient une solution de rechange pour les parents inuits qui hésitaient à envoyer leurs enfants dans de grands foyers scolaires, loin de la maison. On demandait aux parents de couvrir les frais pour la nourriture et les vêtements de leurs enfants et ils avaient droit de parole relativement à l'embauche du personnel. À la fin des années 1960, la plupart des petits foyers avaient cessé toute activité.v
Les enfants qui étaient classés comme orphelins ou couramment victimes de négligence vivaient pendant toute l'année dans les pensionnats et les foyers scolaires. Quelquefois, ils étaient logés dans des familles sélectionnées afin de leur permettre de prendre un peu congé du milieu des pensionnats. Un système de billets de logement était aussi organisé pour les élèves qui fréquentaient des écoles de métier dans le Sud ou lorsqu'il n'y avait pas de place dans les foyers scolaires.
Les enfants qui arrivaient aux pensionnats n'avaient connu que le mode de vie ancestral sur leurs terres. On a tenté d'élaborer des programmes éducatifs qui seraient adaptés à la culture nordique; cependant, les ressources pédagogiques s'appuyaient sur la culture canadienne du Sud. Une valeur comme l'esprit de compétition qui était encouragée en classe ne s'harmonisait pas à celles des Inuits axées sur le partage et la réciprocité. On a allégué que les pensionnats avaient porté atteinte à l'influence parentale et suscité chez les élèves inuits un sentiment de honte face à leur mode de vie ancestral. D'autres élèves ont soutenu que la formation reçue leur avait permis de trouver un emploi. Le fait que les pensionnats étaient axés sur la langue anglaise a hypothéqué la langue maternelle des enfants, et ce, bien qu'il n'existait aucune politique officielle visant l'élimination de l'inuktitut ou de l'inuvialuktun.vi
Les contacts avec la technologie, l'alimentation et les vêtements occidentaux ont changé la relation traditionnelle que les Inuits entretenaient avec les animaux qu'ils chassaient. Au tout début du régime des pensionnats, des aliments du terroir étaient inclus au menu des élèves, mais leur proportion diminuera graduellement et la coutume de manger des aliments traditionnels sera plus tard bannie des pensionnats.vii Des allégations de violence physique et sexuelle seront soulevées dans certaines écoles et les anciens élèves ayant fréquenté des pensionnats dans de grands centres seront exposés à l'alcoolisme.viii
Les expériences qu'ont vécues les Inuits et les Inuvialuits dans les pensionnats semblent avoir été façonnées par la fluctuation des priorités économiques dans le Nord. Les Inuits ont connu des changements culturels rapides et sans précédent qui ont été amplifiés par le fait que leurs enfants ont fréquenté des établissements scolaires exigeant qu'ils soient séparés de leur famille.
Works Cited [FR]
i Chansonneuve, Deborah (2005), 13.
ii King, David (2006). Bref compte-rendu du Régime des pensionnats pour les Inuits du gouvernement fédéral du Canada Ottawa, ON: Fondation autochtone pour la guérison, 11.
iii King, David (2006), 1.
iv King, David (2006), 13.
v King, David (2006), 4.
vi King, David (2006), 10.
vii King, David (2006), 11.
viii King, David (2006), 15.